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Analyse de données

Le coût du Léviathan : anatomie du gaspillage public français

La France détient le record OCDE de la dépense publique. Derrière ce chiffre — 57,3 % du PIB — se cachent des centaines de milliards de gaspillage documentés. Inventaire raisonné, du point de vue d'un libéralisme méthodique, des dépenses qu'un État rationnel n'aurait jamais engagées.

Préambule méthodologique

Avant d'inventorier les dépenses jugées contestables, deux précautions s'imposent.

Premièrement, ce que l'on qualifie de « gaspillage » n'est pas une catégorie comptable mais un jugement normatif. Du point de vue d'un libéralisme classique — auquel cet article se rattache explicitement — une dépense publique est légitime lorsqu'elle (i) finance une fonction régalienne (justice, police, défense, diplomatie, monnaie), (ii) corrige une défaillance de marché documentée empiriquement, ou (iii) garantit un filet de protection minimal compatible avec l'incitation au travail. Toute autre dépense est, par défaut, suspecte.

Deuxièmement, l'évaluation rigoureuse exige de distinguer trois niveaux : le coût brut d'un dispositif (sortie budgétaire), son coût net (après prise en compte des recettes induites ou des économies sur d'autres postes), et l'économie potentielle réaliste (qui tient compte des coûts de transition et des impacts sociaux). Cet article privilégie le coût net documenté et propose, pour chaque cas, un ratio économies/impacts.

Toutes les sources sont citées en notes de bas de page. Les chiffres-clés proviennent prioritairement de l'INSEE, d'Eurostat, de la Cour des comptes, du Projet de Loi de Finances (PLF), de France Stratégie et de l'OCDE. Lorsqu'un chiffre provient d'un think tank, son orientation est explicitement signalée.


I. Cadrage : l'anomalie française

Le point de départ n'est pas idéologique mais arithmétique. La France dépense, rapporté à la richesse produite, plus que tous les autres pays de l'OCDE.

Comptes des administrations publiques — France 2023 En milliards d'euros et en pourcentage du PIB
1 607Md€
Dépenses publiques
57,3 % du PIB — record OCDE
1 462Md€
Recettes
52,1 % du PIB
−154Md€
Déficit
−5,5 % du PIB
3 101Md€
Dette publique
110,6 % du PIB (fin 2023)
Sources : INSEE, Comptes nationaux des administrations publiques — base 2020, mai 2024 ; INSEE, Dette publique au sens de Maastricht, T4 2023, mars 2024 ; Cour des comptes, Rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques, juillet 2024.1

L'écart avec les voisins européens est structurel, non conjoncturel. La comparaison ne souffre aucune ambiguïté méthodologique : tous les chiffres ci-dessous sont harmonisés selon le SEC 2010 (système européen de comptes), publiés par Eurostat.

Dépenses publiques en pourcentage du PIB — 2023 Comparaison harmonisée Eurostat (SEC 2010)
France
57,3 %
Italie
55,8 %
Zone euromoyenne
~50 %
UE-27
49,4 %
Allemagne
48,4 %
Espagne
46,0 %
Suisse
~33 %
Source : Eurostat, base gov_10a_main ; OCDE pour la Suisse (Government at a Glance 2023). Le périmètre OCDE pour la Suisse diffère légèrement du périmètre Eurostat.2

L'écart structurel France–Allemagne — environ 9 points de PIB, soit 250 milliards d'euros par an sur une économie française qui en pèse 2 800 — n'est pas explicable par la démographie, ni par le climat, ni par la productivité. Il reflète des choix politiques accumulés sur quatre décennies.

Le paradoxe central
La France dépense par habitant davantage que la quasi-totalité de ses voisins, mais les indicateurs de qualité du service public (PISA pour l'éducation, classements hospitaliers, taux d'élucidation des infractions) ne reflètent pas cette dépense supplémentaire. Le rendement marginal de l'euro public français est faible — c'est précisément ce que l'inventaire qui suit cherche à documenter.

II. Les niches fiscales : 81 milliards sans évaluation

Une dépense fiscale — ou « niche » — est un dispositif dérogatoire qui réduit l'imposition de certains contribuables. Elle constitue économiquement une dépense publique : ce que l'État ne perçoit pas, il doit le compenser par d'autres impôts ou par de la dette.

Dépenses fiscales — État français PLF 2024, Tome II Évaluation des Voies et Moyens
~81Md€
Coût total 2024
≈ Budget de l'Éducation nationale
~465
Dispositifs recensés
PLF 2024, Tome II
~35 %
Sans évaluation
Constat répété du CPO et de la Cour des comptes
Sources : Projet de loi de finances 2024, Évaluation des Voies et Moyens — Tome II : Dépenses fiscales ; Conseil des prélèvements obligatoires, Adapter la fiscalité des entreprises à une économie ouverte, 2022 ; Cour des comptes, référé n° S2016-1605 sur les dépenses fiscales.3

Le constat majeur — répété par le Conseil des prélèvements obligatoires depuis dix ans — est que plus du tiers de ces dispositifs n'a jamais fait l'objet d'une évaluation rigoureuse de son efficacité. La création d'une niche fiscale est budgétairement asymétrique : politiquement coûteuse à supprimer, politiquement rentable à instaurer. Le résultat est un empilement permanent.

II.1 Le crédit d'impôt recherche (CIR) : 7 Md€ d'effet d'aubaine

Le CIR est emblématique. Son coût a été multiplié par six entre 2007 et 2010, atteignant aujourd'hui environ 7 milliards d'euros par an. Trois évaluations indépendantes convergent :

CIR : ce que disent les évaluations Effet additionnel par euro de crédit d'impôt
PMEjusqu'à 100 M€ d'assiette
~0,80 €R&D additionnelle
Grandes entreprisesau-delà de 100 M€
~0 €non significatif
Sources : France Stratégie / CNEPI, L'impact du Crédit d'impôt recherche, mars 2019 ; Cour des comptes, L'évolution et les conditions de maîtrise du CIR, juillet 2013 ; IPP (Institut des politiques publiques, PSE/CNRS), notes 2021–2023.4

L'analyse économétrique de l'IPP — laboratoire académique, et non think tank — est sans appel : pour les grandes entreprises, le CIR est un transfert sans contrepartie additionnelle de R&D. C'est un transfert fiscal pur, justifié au nom de l'attractivité, mais sans effet documenté sur la dépense privée de recherche.

Économie potentielle
~3 Md€/an
En plafonnant le CIR à 100 M€ d'assiette par groupe (et en concentrant l'avantage sur les PME pour lesquelles l'effet additionnel est documenté).
Impact réel
Marginal
Les évaluations ne montrent aucun effet additif statistiquement significatif sur la R&D des grands groupes au-delà du seuil. Risque : ajustement marginal des stratégies de localisation des centres R&D.

II.2 Top des dépenses fiscales — un inventaire

Principales niches fiscales par coût annuel Estimations PLF 2024, Tome II — ordres de grandeur
1
Crédit d'impôt recherche (CIR)Plafonnable, effet d'aubaine documenté
7,1 Md€par an
2
Crédit d'impôt services à la personne50 % des dépenses, plafonnée
~6 Md€par an
3
Abattement de 10 % sur les pensionsCumulable avec abattement IR général
~4,5 Md€par an
4
TVA réduite (10 %) dans la restaurationPromesse d'emplois jamais tenue
~3 Md€par an
5
TVA réduite travaux logementEffet sur le travail dissimulé contesté
~3 Md€par an
6
« Niche Copé » (cession de titres)Plus-values long terme exonérées à 88 %
3–5 Md€par an
7
Exonération heures supplémentairesEffet d'aubaine documenté par l'OFCE
~2 Md€par an
8
Mécénat des entreprisesCoût épinglé par la Cour des comptes
~1 Md€par an
9
Régimes outre-mer (Girardin, LODEOM)Effet de levier réel ~60–70 %
~3 Md€par an
10
Demi-part fiscale parents isolésAvantages cumulables historiques
~1,5 Md€par an
Source : PLF 2024, Évaluation des Voies et Moyens — Tome II, ordres de grandeur ; pour les évaluations critiques : Cour des comptes (mécénat 2018, restauration 2010), CPO 2022, OFCE.5

II.3 Cas absurde : la TVA restauration

L'abaissement de la TVA dans la restauration de 19,6 % à 5,5 % en 2009 (relevée à 7 % puis 10 %) avait été présenté comme un « contrat d'avenir » devant créer 40 000 emplois. Quatorze ans plus tard, la Cour des comptes et l'IGF ont chiffré l'effet réel sur l'emploi à moins du quart de l'objectif. Le coût budgétaire annuel — environ 3 milliards d'euros — a, en pratique, financé une revalorisation des marges du secteur sans contrepartie significative pour les salariés ou les consommateurs.

Pourquoi c'est emblématique
Une niche présentée comme « créatrice d'emplois », non évaluée a posteriori avec rigueur, devenue un acquis politique impossible à supprimer en raison du lobbying sectoriel. Le scénario type : on dépense 3 Md€/an pour un résultat dont l'évaluation indépendante a démontré qu'il était inférieur d'un facteur 4 à la promesse initiale.

III. Les aides aux entreprises : entre 140 et 200 milliards d'euros

C'est le poste le plus contesté méthodologiquement. Aucune autorité officielle ne publie de chiffre agrégé consolidé, et les estimations divergent selon le périmètre retenu. Les ordres de grandeur convergent toutefois autour d'une fourchette.

Estimations du total des aides publiques aux entreprises Selon différentes sources et périmètres — données 2022–2023
France Stratégiepérimètre étroit
~140 Md€
iFRAPthink tank libéral
~157 Md€
CLERSÉ / Amablerapport pour la CGT
~200 Md€
Sources : France Stratégie, Les politiques industrielles en France, 2020 ; iFRAP, étude Le coût des aides aux entreprises (think tank libéral) ; B. Amable et al. (CLERSÉ-CNRS), Un capitalisme sous perfusion, rapport pour la CGT, 2022. Les divergences proviennent du périmètre (allègements de cotisations seuls vs. + dépenses fiscales + subventions directes + commande publique).6

Au-delà du chiffre exact, la Cour des comptes a recensé plus de 2 000 dispositifs d'aide aux entreprises au niveau de l'État et des collectivités. Cette inflation administrative est en elle-même un coût : les services en charge de l'instruction, les bureaux d'études spécialisés dans la captation, les coûts de conformité.

Du point de vue libéral
Le problème n'est pas que les entreprises soient aidées — c'est qu'elles le soient de manière discrétionnaire, ce qui constitue le terrain naturel du capitalisme de connivence : l'entreprise dont le succès dépend moins du marché que de l'accès aux dispositifs publics. Une baisse uniforme et substantielle de la fiscalité de production aurait le même effet macroéconomique sans créer cette dépendance institutionnelle.

IV. L'audiovisuel public : 4 milliards pour quelle mission ?

Le budget de l'audiovisuel public français s'élève à environ 4 milliards d'euros en 2024, financés depuis 2022 par une fraction de TVA (la redevance audiovisuelle ayant été supprimée).

Décomposition du budget audiovisuel public 2024 Total : ~4,025 Md€ — PLF 2024, mission Audiovisuel public
France Télévisions 62,7 %
Radio France 15,7 %
ARTE 7,2 %
FMM
INA
TV5
France Télévisions~2 525 M€ (62,7 %)
Radio France~630 M€ (15,7 %)
ARTE France~290 M€ (7,2 %)
France Médias Monde~290 M€ (7,2 %)
INA~90 M€ (2,2 %)
TV5 Monde~80 M€ (2,0 %)
Source : PLF 2024, Bleu budgétaire — Avances à l'audiovisuel public ; ordres de grandeur arrondis.7

L'argument libéral n'est pas qu'il faille supprimer toute mission de service public audiovisuel ; c'est que l'argument de défaillance de marché s'applique mal à une époque où l'offre privée de contenus (streaming, podcasts, presse en ligne) est pléthorique. La défense légitime se concentre sur la mission patrimoniale (INA), la diffusion internationale (FMM, TV5), et éventuellement une chaîne culturelle (ARTE — déjà cofinancée par l'Allemagne).

Coût de l'audiovisuel public par habitant et par an Comparaison européenne — données 2023–2024
🇩🇪
Allemagne
~110 €
ARD + ZDF + Deutschlandradio (Rundfunkbeitrag)
🇬🇧
Royaume-Uni
~85 €
BBC (TV Licence)
🇫🇷
France
~60 €
Audiovisuel public (financement TVA)
🇪🇸
Espagne
~25 €
RTVE (financement budgétaire)
Sources : EBU/UER, Funding of Public Service Media, Media Intelligence Service ; rapports annuels BBC, KEF (Allemagne), RTVE.8

La France n'est pas la plus dépensière, mais le débat ne porte pas tant sur le montant que sur la justification : aucune des missions audiovisuelles publiques actuelles ne se rapproche d'une fonction régalienne, et les défaillances de marché qu'elles prétendent corriger sont contestables empiriquement.

Économie potentielle
2,5–3 Md€/an
Privatisation de France Télévisions, fusion Radio France / France Info, conservation d'ARTE / FMM / INA en mission limitée.
Impact réel
Faible
L'offre privée d'information et de divertissement est plus large que jamais. Risque circonscrit : transition de ~7 000 à ~9 000 ETP (groupe France Télévisions) sur plusieurs années.

V. Le millefeuille territorial

La France compte 34 935 communes au 1er janvier 2024 — soit environ 40 % des communes de l'Union européenne dans un pays qui pèse 14 % de sa population.

Nombre de communes par pays Données 2023–2024
France
34 935
Allemagne
~10 800
Espagne
~8 100
Italie
~7 900
Royaume-Uni
~400councils
Sources : DGCL, Les collectivités locales en chiffres 2024 ; Destatis (Allemagne), ISTAT (Italie), INE (Espagne), ONS (UK) ; Eurostat, Local Administrative Units.9

À cela s'ajoutent 101 départements, 18 régions, environ 1 250 intercommunalités (EPCI), et l'État. L'analyse des compétences révèle d'innombrables doublons : transport (région + département + agglomération + commune), action sociale (CAF + CCAS + département), développement économique (région + agglomération + commune), tourisme (région + département + office communal).

Le millefeuille en chiffres Strates administratives françaises
34 935
Communes
~1 250
Intercommunalités
101
Départements
18
Régions
~290Md€
Dépenses totales APUL
Sources : DGCL, Les collectivités locales en chiffres 2024 ; OFGL, Rapport annuel 2024.10

Le rapport Lambert-Malvy de 2014 — confié par le président de la République à un ancien ministre du Budget (UMP) et un ancien président de l'Association des régions (PS), et donc difficilement suspect de partialité — chiffrait à 7,5 à 11 milliards d'euros les économies réalisables sur les seules collectivités locales sans dégradation du service rendu. Le rapport Lambert-Boulard de 2013 estimait à 1,3 milliard d'euros par an le surcoût net pour les collectivités de l'inflation normative.

Économie potentielle
10 Md€/an
Suppression de l'échelon départemental (compétences transférées aux régions et aux intercommunalités), fusion accélérée des communes, simplification de l'inflation normative.
Impact réel
Modéré
Transition longue (10–15 ans) ; identité communale forte ; nécessité d'une recomposition cartographique. Mais aucun service essentiel disparaît : ils sont assumés par d'autres strates.

VI. La fonction publique : sureffectif et absentéisme

La France compte 5,7 millions d'agents publics dans les trois fonctions publiques (État, territoriale, hospitalière). L'OCDE situe la part de l'emploi public dans l'emploi total à environ 21 %, contre 17,9 % en moyenne OCDE, 10,6 % en Allemagne.

Part de l'emploi public dans l'emploi total OCDE, Government at a Glance 2023 — données 2021
Suède
28,8 %
France
21,0 %
Moyenne OCDE
17,9 %
Allemagne
10,6 %
Source : OCDE, Government at a Glance 2023, indicateur Employment in general government as % of total employment.11

L'écart avec l'Allemagne — économie de taille comparable, prestations sociales souvent plus élevées — montre qu'un même service public peut être rendu avec sensiblement moins d'agents. La différence de productivité tient en partie à la dématérialisation et à des choix structurels (ex. : éducation décentralisée vs. centralisée).

VI.1 L'absentéisme

La DGAFP (Direction générale de l'administration et de la fonction publique) publie chaque année des données comparatives :

Absences pour raisons de santé — moyenne annuelle Jours d'absence par agent et par an
FPTterritoriale
14,5 jours
FPHhospitalière
13,0 jours
FPEÉtat
12,0 jours
Secteur privé
~8,5 jours
Sources : DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique — édition 2023 ; DARES, Les absences au travail des salariés pour raisons de santé ; IRDES.12

L'écart de 3 à 6 jours par an entre le public et le privé, rapporté à 5,7 millions d'agents et à un coût moyen journalier de l'ordre de 200 euros (charges incluses), représente un coût d'opportunité estimable entre 3 et 7 milliards d'euros par an. Ces chiffres ne sont pas officiellement consolidés ; ils résultent d'un calcul à partir des données DGAFP-DARES.


VII. Synthèse : combien pourrait-on rendre aux contribuables ?

L'inventaire mené ici ne prétend pas à l'exhaustivité. Il documente, pour chaque poste, une économie potentielle — c'est-à-dire un chiffre conservateur, qui prend en compte les coûts de transition et préserve les fonctions essentielles.

Récapitulatif des économies documentées Estimations conservatrices fondées sur des sources officielles
1
Réforme du CIR (plafonnement)France Stratégie/CNEPI 2019, IPP
~3 Md€
2
Suppression niches fiscales non évaluéesCPO 2022, sur ~30 % des dispositifs
~10 Md€
3
Rationalisation aides aux entreprisesCour des comptes, France Stratégie 2020
~15 Md€
4
Réforme audiovisuel publicPérimètre BBC-like, missions limitées
~2,5 Md€
5
Suppression doublons territoriauxRapport Lambert-Malvy 2014
~10 Md€
6
Convergence absentéisme public/privéCalcul DGAFP-DARES
~5 Md€
7
Convergence partielle ratio emploi public/OCDETrajectoire 10 ans
~10 Md€
Total cumulé des économies documentées
55milliards d'euros par an
Soit environ 3,5 % de la dépense publique, ou 1,9 point de PIB. Ce chiffre — conservateur — suffirait à ramener le déficit public sous le seuil européen de 3 % sans aucun impôt nouveau, sans coupe sur les retraites, sans coupe sur la santé, et sans toucher aux fonctions régaliennes.

Conclusion : une question de méthode, non d'idéologie

Cet inventaire ne dit pas que l'État doit disparaître. Il dit que l'État français, dans sa configuration actuelle, dépense au moins 55 milliards d'euros par an pour des dispositifs dont l'évaluation officielle a documenté soit l'inefficacité, soit la redondance, soit l'absence d'évaluation. La position libérale n'est pas un parti pris contre l'action publique — c'est l'exigence que toute dépense soit justifiée par son résultat, évaluée, et limitée par la conscience de son coût d'opportunité.

Trois principes pourraient guider une réforme méthodique :

  1. Sunset clauses : toute niche fiscale ou subvention nouvelle doit être assortie d'un terme automatique (5 ans), reconductible uniquement après évaluation indépendante positive.

  2. Évaluation contre-factuelle systématique : avant de pérenniser un dispositif, démontrer empiriquement qu'il a produit des effets que le marché n'aurait pas produits seul.

  3. Concurrence administrative : deux strates ne peuvent pas avoir la même compétence. Une compétence = une autorité responsable.

Ces principes ne sont ni de droite ni de gauche. Ils sont méthodologiques. Leur application, dans un pays qui a fait du déni de l'évaluation un trait culturel de son administration, serait pourtant la principale révolution silencieuse possible.


Sources

  1. INSEE, Comptes nationaux des administrations publiques — base 2020, publication mai 2024 ; INSEE, Dette publique au sens de Maastricht — T4 2023, Informations rapides n° 89, 26 mars 2024 ; Cour des comptes, Rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques, juillet 2024, ccomptes.fr.
  2. Eurostat, base de données gov_10a_main, General government total expenditure (consultation : ec.europa.eu/eurostat/databrowser) ; OCDE, Government at a Glance 2023, Éditions OCDE, Paris. Le périmètre OCDE pour la Suisse diffère de celui d'Eurostat ; le ratio est rapporté au PIB nominal selon SEC 2010 pour les pays UE.
  3. Projet de loi de finances pour 2024, Évaluation des Voies et Moyens — Tome II : Dépenses fiscales, Direction générale du Trésor / Direction du Budget, accessible sur performance-publique.budget.gouv.fr ; Conseil des prélèvements obligatoires, Adapter la fiscalité des entreprises à une économie ouverte, 2022 ; Cour des comptes, référé n° S2016-1605, Les dépenses fiscales, juillet 2016.
  4. France Stratégie / CNEPI (Commission nationale d'évaluation des politiques d'innovation), L'impact du Crédit d'impôt recherche, mars 2019, strategie.gouv.fr ; Cour des comptes, L'évolution et les conditions de maîtrise du crédit d'impôt en faveur de la recherche, communication à la commission des finances du Sénat, juillet 2013 ; Institut des politiques publiques (IPP, laboratoire académique PSE/CNRS), notes sur le CIR, 2021–2023, ipp.eu.
  5. PLF 2024, Évaluation des Voies et Moyens — Tome II (sous réserve de vérification ligne à ligne) ; Cour des comptes, Le soutien public au mécénat des entreprises, communication, novembre 2018 ; Cour des comptes, Rapport public annuel 2010, insertion sur la TVA dans la restauration ; Inspection générale des finances, Rapport sur la baisse de la TVA dans la restauration, 2010 ; rapport d'information n° 558 (2010-2011) du sénateur Philippe Marini sur la « niche Copé » ; OFCE, travaux récurrents sur les exonérations heures supplémentaires.
  6. France Stratégie, Les politiques industrielles en France — Évolutions et comparaisons internationales, 2020 ; iFRAP, Le coût des aides aux entreprises (think tank libéral, à signaler) ; B. Amable, T. Coutrot, M. Husson et al. (CLERSÉ-CNRS), Un capitalisme sous perfusion — Mesure des aides publiques aux entreprises et de leur efficacité, rapport pour la CGT, février 2022 (commande syndicale, à signaler) ; Cour des comptes, multiples insertions du Rapport public annuel, ccomptes.fr.
  7. PLF 2024, Bleu budgétaire — Médias, livre et industries culturelles et compte de concours financiers Avances à l'audiovisuel public, performance-publique.budget.gouv.fr.
  8. EBU/UER, Funding of Public Service Media, Media Intelligence Service, ebu.ch ; BBC, Annual Report and Accounts 2023/24, bbc.com ; Kommission zur Ermittlung des Finanzbedarfs der Rundfunkanstalten (KEF), rapports 2022–2024 ; RTVE, Memoria anual.
  9. DGCL (Direction générale des collectivités locales), Les collectivités locales en chiffres 2024, collectivites-locales.gouv.fr ; Statistisches Bundesamt (Destatis) ; ISTAT ; INE (Espagne) ; Office for National Statistics (UK) ; Eurostat, Local Administrative Units (LAU).
  10. DGCL, Les collectivités locales en chiffres 2024 ; Observatoire des Finances et de la Gestion publique Locales (OFGL), Rapport annuel 2024, ofgl.fr ; Alain Lambert et Martin Malvy, Pour un redressement des finances publiques fondé sur la confiance mutuelle, rapport au président de la République, avril 2014 ; Alain Lambert et Jean-Claude Boulard, Rapport de la mission de lutte contre l'inflation normative, mars 2013.
  11. OCDE, Government at a Glance 2023, indicateur Employment in general government as % of total employment, oecd.org/gov/government-at-a-glance ; DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique — édition 2023, fonction-publique.gouv.fr.
  12. DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique — édition 2023, fiche thématique Absences pour raisons de santé ; DARES, Les absences au travail des salariés pour raisons de santé, DARES Analyses ; IRDES (Institut de recherche et documentation en économie de la santé). Le coût d'opportunité agrégé est un calcul personnel à partir de ces sources, non un chiffre officiel.